Interview d’Arnaud Mercier, Area 17
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Arnaud Mercier, designer associé de l’agence franco-américaine Area 17 a débuté sa carrière dans le montage vidéo. En évoluant vers la 3-D et la direction artistique, il a lancé en 1999 Elixirstudio. Arnaud a travaillé dans les années 2000 pour des clients internationaux en Amérique du Nord et en Europe et co-dirige aujourd’hui Area 17. Nous lui avons posé quelques questions sur sa démarche et sa vision.
Comment est née l’agence Area 17 ?
Area 17 est née en 2003 à New York de la fusion des activités de George Eid (Area 17 Media) et d’Arnaud Mercier (elixirstudio). Depuis l’origine, l’une de nos ambitions est d’être international, pour coller aux problématiques de nos clients et à la nature globale de l’Internet. C’est chose faite en 2006 avec l’arrivée de Dominique Deriaz, nouvelle partenaire parisienne qui favorise l’ouverture du bureau européen d’Area 17 au cœur de Paris.
Aujourd’hui avec environ vingt cinq personnes entre Paris et New York et une approche inter-disciplinaire alliant conception, développement et stratégie, Area 17 fait de l’identité visuelle et du design d’expérience interactive.
Vos réalisations témoignent d’une qualité (typo)graphique difficile à trouver en France dans la pratique du design d’interface. Comment expliquez-vous ce constat ?
Il me semble que le manque de qualité typographique est lié pour partie au manque d’attention portée au détail. L’industrie de l’Internet a pendant longtemps laissé de coté les détails pour se focaliser sur la réalisation proprement dite – le fait d’avoir un produit qui fonctionne et qui soit livré à temps et dans le budget était le principal soucis. Les budgets et les plannings n’incluent tout simplement pas le perfectionnisme, qui est par essence très chronophage.
Une autre raison de la faible qualité typographique en France est le manque de culture graphique et typographique des « infographistes » qui ont été amenés à réaliser les interfaces de nos sites, soit parce qu’ils n’ont pas eu de formation graphique, soit parce que les formations des métiers du web ont des lacunes en théorie graphique.
Bien heureusement, les choses changent. Les « infographistes » sont devenus des designers interactifs. Les clients ont davantage de culture interactive et commencent doucement à apprécier la qualité et à développer un sens du détail. Les technologies offrent aussi des outils de plus en plus performants et typo-compatibles.
Vos clients sont souvent de grandes marques, parfois des acteurs plus pointus. Est-ce difficile de leur insuffler cette exigence de qualité ?
L’exigence de qualité est très difficile — voir impossible — à insuffler à un client (ou à un designer) qui n’y est pas déjà sensible. Notre démarche à toujours été de laisser les clients venir à nous plutôt que d’aller les chercher pour les convaincre de la qualité de notre travail. Quand ils viennent à nous, ils sont généralement sensibilisés à l’exigence qui est la nôtre, ce qui permet de démarrer sur la même « longueur d’onde ». C’est uniquement dans ce cadre que nous pouvons partager avec eux et leur insuffler notre vision.
Quelle place accordez-vous dans vos projets à la méthodologie ? (architecture de l’information, mais aussi processus de design). Comment est-il formalisé ?
Notre pratique est 90% méthodologie. Nous sommes designers interactifs depuis plus de 10 ans et depuis 10 ans nous n’avons eu de cesse de travailler à affiner notre méthodologie. Nos processus sont peu documentés, mais les outils que nous avons mis en place laissent peu de place à l’improvisation — tout en laissant à la créativité.
Pour vous donner un exemple, nous faisons toutes nos designs sous Illustrator, en n’utilisant que très peu la souris, ce qui conduit à une approche très systématique, finalement très proche du développement d’application.
En ce qui concerne le développement, nous utilisons notre variante maison du développement agile, qui nous permet, encore une fois, de documenter un minimum tout en ayant de la méthodologie.
Chaque projet nous permet d’affiner nos « best practices » tout en en testant de nouvelles. Cela nous permet d’améliorer à chaque fois nos processus et de tirer le meilleur partie des nouvelles technologies.
Nous avons l’habitude de dire que, d’un point de vue méthodologique, nous travaillons depuis toutes ces années sur un seul et même projet que nous essayons de bonifier à chaque étape.
Comment évoluent les demandes de vos clients ces derniers mois en termes de design d’interface ?
Les clients en France commencent à avoir des exigences en terme de qualité, ce qui va dans le sens de notre démarche. Les nouvelles plateformes suscitent également beaucoup d’intérêt, le design interactif sort du cadre du navigateur. Le développement d’une application se fait de plus en plus de manière holistique, et le véritable web « organique » (sémantique) — un sujet qui nous tient à cœur depuis très longtemps maintenant — commence à prendre tout son sens.
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