La conception d’interfaces ne date pas d’internet, ni même de l’ordinateur. La nécessité de l’ergonomie s’est imposée depuis les âges les plus reculés dans une multitude d’objets et d’outils utilisés par l’homme, afin d’améliorer la performance liée à l’utilisation de ceux-ci. La facture instrumentale, en particulier, a fait l’objet de nombreux développements au cours de l’histoire et les instruments de l’orchestre que nous considérons aujourd’hui dans leur forme achevée, qui nous parait immuable et inchangée depuis des siècles, sont en fait le fruit d’une interaction fort ancienne entre les utilisateurs (les musiciens) et les concepteurs (luthiers et autres facteurs d’instruments). On peut affirmer sans craindre de se tromper que les musiciens ont atteint le niveau plus extrême de raffinement, de technique et de maîtrise dans l’utilisation d’un objet. Les évolutions esthétiques, la recherche de virtuosité, l’extension des modes de jeu ont fait de la création instrumentale un laboratoire inédit de l’ergonomie d’interface : disposition et combinatoire des touches sur les instruments à vents, légèreté et allongement de l’archet des instruments à cordes frottées, recherche de la forme optimale du manche et de la touche des guitares, réponse et inertie des touches du piano : autant d’exemples qui illustrent des interactions anciennes, complexes et passionnantes entre utilisateurs et concepteurs.
L’organologie (l’étude des instruments de musique) a trouvé dans le champs des musiques électroniques un nouveau terrain d’étude : quelle forme donner à un instrument qui n’est pas lui-même générateur de son en tant que corps vibrant ? Quels contrôles lui adjoindre ? Quel degré de modularité y apporter ?
Les interfaces historiques de la musique électronique, héritées du studio ou de la régie sonore, étaient essentiellement constitués de potentiomètres rotatifs, de boutons “switch” on/off et de curseurs linéaires (les “faders”) aux interactions limitées : une main entière était mobilisée pour contrôler un unique paramètre sonore. Aujourd’hui, de nouveaux acteurs interrogent la place de l’interprète et son rapport à l’instrument dans les musiques électroniques en y apportant des réponses variées : reactable, tenori-on, capteurs…
C’est dans cette histoire que s’inscrit Rémi Dury, fondateur de la société Da Fact. Il a conçu et réalisé un nouvel instrument dédié aux musiques nouvelles tout en s’appuyant sur l’héritage et le savoir-faire de la facture classique : Karlaxe. Après plusieurs années de recherche et développement, le dernier prototype vient de voir le jour et la commercialisation de Karlaxe débutera dès septembre prochain. C’est l’occasion pour designers interactifs de lui donner la parole dans cette interview, où il nous présente Karlaxe ainsi que le chemin qui a mené à la création de cet objet singulier.
1) Parcours de Rémi Dury
2) Cahier des charges de Karlaxe
3) Vers un nouveau rapport avec le public dans les musiques électroniques
4) Place de l’héritage classique dans l’ergonomie de Karlaxe
5) La recherche d’expressivité
6) A propos de la cible visée
7) A bâtons rompus : l’épopée des instruments dans la musique électronique
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