Contenu Navigation Accès espace membre Recherche Contact

organiser et promouvoir les métiers du design numérique

En devenant membre de *designers interactifs*, vous souscrivez à un ensemble de publications et de services dont vous bénéficiez toute l'année. Vous tirez parti d'un réseau professionnel de plus de 300 membres.

Devenez membre (100% en ligne)
Voir tous les articles

Publié le : 22 mars 2010

Auteur : Benoît Drouillat

Pas de commentaire

2è partie d’un entretien avec les auteurs de l’ouvrage Lisibilité des sites web

Par Marie-Valentine Blond, Olivier Marcellin, Melina Zerbib, co-auteurs de l’ouvrage Lisibilité des sites web. Des choix typographiques au design d’information, collection « Accès libre », éditions Eyrolles, Paris, novembre 2009. Propos recueillis par Benoît Drouillat.

7. Et qu’en est-il de la typographie pour le Web ?

MV Pour l’instant, la typographie est le parent pauvre du webdesign. Mais cela devrait évoluer très rapidement avec les nouvelles possibilités d’incorporation des polices dans les pages web. Il faut voir maintenant comment les licences de polices vont être gérées.
Je suis assez curieuse de voir ce que ces nouvelles opportunités dans le choix typographique vont engendrer dans le paysage web.

MZ Il faut entendre le terme « typographie » dans son acception la plus large, c’est-à-dire à la fois les caractères typographiques et leurs bons usages. Je pense que pour l’heure, des limitations (ou tout du moins, des complications) techniques ainsi que notre manque de recul sur les nouvelles technologies freinent le travail des webdesigners, mais le manque de reconnaissance du rôle primordial du graphisme et de la typographie dans un projet de site web est tout aussi dommageable.

OM La typographie est associée pleinement à la même démarche que le design d’information, en particulier pour la structuration de l’information.
Pour autant, la maîtrise de la typographie ne se limite pas aux seuls choix de caractères et à leur composition, mais bien plus largement à la bonne compréhension du processus de lecture des informations.
Cela englobe la connaissance des signes mais aussi des symboles et plus largement des formes graphiques qui participent à la lisibilité de l’information.
Le design d’information, la typographie et le design interactif devraient donc être systématiquement valorisés lors de la conception de sites web, comme le démontre les quelques contre-exemples donnés en illustration, dans ce livre.

8. L’ouvrage n’a pas d’équivalent en langue anglaise, pourtant habituellement mieux positionnée sur ce sujet : Comment l’expliquez-vous ?

MV Il existe en langue anglaise des ouvrages très spécialisés sur des domaines précis, mais pas vraiment d’ouvrage transversal. Peut-être que les attentes du lectorat anglo-saxon ne sont pas les mêmes que celles des lecteurs francophones ? J’ai aussi une autre hypothèse. Il existe deux mots en anglais pour parler de lisibilité : « legibility » et « readability ». L’un concerne la forme, l’autre, le fond. Il existe des ouvrages en anglais qui traitent de ces aspects séparément, mais pas conjointement.

OM Il semblerait en effet qu’il n’y ait pas d’autres ouvrages du même type, ni en Grande Bretagne, en Allemagne, et ni même aux États-Unis, du moins avec cette approche mêlant les sciences cognitives appliquées au processus de lecture, de la typographie, du design d’information et du webdesign.
Je ne saurais l’expliquer, d’autant plus pour des pays traditionnellement attachés à une grande qualité du design… peut être que ce besoin n’est pas exprimé car les professionnels possèdent ce savoir faire. Très simplement, ils n’auraient donc pas besoin de faire part de leurs connaissances à travers un écrit spécifique, mais ce n’est qu’une simple hypothèse.

MZ Je ne pense pas qu’on puisse l’expliquer par le fait que les professionnels anglo-saxons soient plus compétents. En revanche, je pense que le peu d’ouvrages publiés sur le sujet s’explique par le fait qu’il en va de la lisibilité sur le Web comme des autres sujets liés à cette discipline : c’est justement internet qui reste le terrain d’échange et d’apprentissage privilégié pour ces métiers, car cela offre la possibilité d’échanger entre initiés et d’obtenir des informations à jour. En revanche, il y est plus difficile de trouver un discours didactique et exhaustif, de faire la synthèse de toutes ces informations et d’en sélectionner les plus crédibles… ce qu’un livre peut offrir.

9. Comment l’expérience de cet ouvrage change-t-il votre pratique du design ?

MV Je suis beaucoup plus attentive à l’aspect de l’accessibilité, et aussi plus critique vis à vis de ce que j’observe sur le Web.

OM Les recherches que j’ai menées pendant plus d’un an, en particulier sur l’espace de la page et du Web, ou encore la structuration des informations dans la troisième partie qui m’ont demandé le plus de travail, m’ont permis de renforcer mon point de vue initial sur les innovations à trouver en termes de lecture sur les écrans, et d’amorcer de nouveaux objectifs dans mon activité professionnelle.
Ainsi, mon activité de conseil et de création se trouve d’autant plus stimulée dans les domaines des NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication).

MZ En effet, je pense aussi que je m’interroge plus qu’auparavant sur les problématiques d’accessibilité, qui sont souvent écartées, j’ai l’impression. Je crois que l’expérience m’a également encouragée à avoir plus d’ambition dans la conception de projets web, car l’étude que nous avons réalisée m’a vraiment démontré l’importance et la valeur ajoutée du design d’information dans ce domaine.

10. Il existe peu d’ouvrages sur le design d’interface web en langue française : pensez-vous que des réflexions comme la votre peuvent trouver un écho dans d’autres problématiques ?

OM Ces réflexions peuvent tout aussi bien s’appliquer au design d’interaction, tels que la conception d’interfaces logicielles, ou pour des bornes interactives, de systèmes d’informations voyageurs sur les écrans LCD, du design d’interfaces des applications des smartphones et des tablettes tactiles, des systèmes d’exploitation, et d’une manière générale, dans toutes les disciplines où la lecture sur écran de données complexes doit être lisible, et donc performante pour l’usager.

11. Quel est selon vous le site d’information en ligne le mieux conçu ?

OM Malheureusement, il n’y en a pas beaucoup à ce jour, et surtout chez nous.
La conception de la quasi totalité des sites web d’information, outre le fait qu’ils se ressemblent tous, est calquée sur le même modèle que celui des blogs.
Par exemple, ils laissent lire une disposition chronologique de l’information sans aucune prise de contrôle par l’internaute (alors qu’ils apprécieraient de disposer de choix personnifiés), avec une densité des contenus présentés qui ne laisse quasiment aucune place à la circulation du regard, qui est pourtant essentielle à l’assimilation des contenus.
Ce n’est donc pas une question de technicité car il y a suffisament de technologies performantes, mais uniquement de design et aussi d’un modèle économique à trouver.
Pour autant, des recherches existent, notamment aux USA, comme par exemple le prototype de page d’accueil du New York Times Article Skimmer créé par le designer et développeur André Behens ou encore Le Times Reader, qui est une application de lecture parfaitement opérationnelle (à télécharger), utilisable aussi bien Online qu’Offline. L’accès aux informations y est en partie payant.

MZ J’appuie la remarque d’Olivier sur le NY Times Article Skimmer. Je pense que le nœud du problème se situe aussi dans les difficultés des sites d’information en ligne à trouver un équilibre économique, ce qui les pousse à faire des concessions sur leur projet éditorial, et qui se répercute donc ensuite sur leur forme graphique. Il en va de même dans tout projet : un client peu certain de ce qu’il recherche conduira le graphiste à apporter une réponse approximative, pas complètement appropriée.
À mon sens, c’est pour cela que l’amélioration de la lisibilité des sites d’information évoluera en fonction de la capacité des éditeurs à définir leur identité. Je trouve par exemple que le site de Rue89 est assez intéressant. S’il n’est pas parfait, il est tout du moins plutôt confortable à lire, notamment par l’utilisation différente qu’il fait du modèle classique en trois colonnes : sur Rue89, c’est la colonne centrale qui est dédiée au flux d’informations, et non celle de gauche, ce qui est assez judicieux car on sent mieux la hiérarchie entre cette colonne d’information, la plus importante, et les deux autres, qui n’ont qu’un rôle de complément. Mais ce que je trouve important, c’est que Rue89 a eu dès le départ une identité visuelle distincte des autres sites d’information, plus brute et rentre-dedans – on aime ou pas – et cela participe aussi à son succès. Assez proche de Libération.fr dans sa ligne éditoriale, Rue89 a aussi une approche de l’identité visuelle comparable à celle du quotidien ; on n’est pas dans le typographiquement subtil et parfaitement calé, mais on recherche avant tout la cohérence entre le graphisme et le contenu éditorial, ce qui est capital pour aider le lecteur-internaute à s’y retrouver dans la pléthore de sites d’information qui co-existent.

Par Marie-Valentine Blond, Olivier Marcellin, Melina Zerbib, co-auteurs de l’ouvrage Lisibilité des sites web. Des choix typographiques au design d’information, collection « Accès libre », éditions Eyrolles, Paris, novembre 2009. Propos recueillis par Benoît Drouillat.

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment.

Laisser un commentaire

Les champs signalés d'un * sont obligatoires.

Votre commentaire sera publié après validation.

Newsletter

Inscrivez-vous à la newsletter pour être tenu au courant de l'actualité de l'association :

Un e-mail de confirmation vous sera envoyé pour valider votre inscription

APPEL À CONTRIBUTION : Petit dictionnaire du design numérique

Contribuez à l’élaboration de définitions pour la prochaine publication de l’association.

Participer

Votre contact : Benoît Drouillat

S'inscrire à la newsletter

Un e-mail de confirmation vous sera envoyé pour valider votre inscription

Les contenus de ce site sont mis à disposition sous un contrat Creative Commons

Développé sous WordPress