Petite histoire illustrée du design interactif (2/6)

Actu12 novembre 2013

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2e partie : L’évolution des interactions homme-machine, des cartes perforées à l’interface graphique

L’évolution des interactions homme-machine s’inscrit dans une succession d’étapes où les progrès techniques permettent d’envisager de nouvelles façons de dialoguer avec les ordinateurs. La recherche académique y a joué un rôle très important. On distingue 4 grandes étapes de cette évolution : le traitement par lot (avec les cartes perforées), le temps partagé (avec les interfaces en ligne de commande), les interfaces graphiques (avec la métaphore du bureau), et les interfaces post-WIMP (qui n’utilisent pas de menus, de formulaires, de barres d’outils mais reposent sur la reconnaissance gestuelle et vocale).

Le traitement par lots dans les ordinateurs centraux

À la fin des années 1950, les ordinateurs centraux ne disposent pas encore d’interfaces permettant le dialogue en temps réel avec l’utilisateur, bien que la question de l’interface homme-machine se soit posée dès les débuts de l’informatique.
À cette époque, les ordinateurs fonctionnent en traitement par lots, ce qui désigne « un enchaînement automatique d’une suite de commandes sur un ordinateur sans intervention d’un opérateur ». Pour transférer des données, on utilise des cartes perforées en papier.

Les ordinateurs en temps partagé et les interfaces en ligne de commande

Au début des années 1960, les ordinateurs en temps partagé font leur apparition. Le mode d’interaction privilégié avec l’ordinateur devient alors la saisie de lignes de commandes textuelles, qui permettent pour la première fois de mener un dialogue en temps réel. La spécificité de ce type d’interface réside dans la nécessité de mémoriser une syntaxe de commandes souvent complexe. Aujourd’hui, cette technique d’interaction perdure, au sein de certains systèmes, bien que les interfaces graphiques soient devenues le mode de dialogue le plus répandu.

Stechpad, la première interface graphique

SketchPad reste aujourd’hui ce que l’on considère comme la première interface graphique. Elle a été développée par Ivan Sutherland entre 1960 et 1963 dans le cadre sa thèse au MIT Lincoln Laboratory. En véritable précurseur des logiciels, que l’on nommera par la suite logiciels de CAO (pour Conception Assistée par Ordinateur), il est le premier à avoir pris en compte l’aspect artistique qui pouvait résider dans une machine. La révolution consiste alors en l’utilisation conjointe d’un écran cathodique et d’un crayon optique pour permettre l’édition graphique de dessins techniques. Ivan Sutherland a réalisé l’ensemble de ces expériences graphiques sur un Lincoln TX-2.

Le degré de précisions que l’interface permet est ce qui lui confère, toujours aujourd’hui, son statut d’évolution majeure dans les interactions hommes-machine. Ainsi, la longueur d’une ligne ou encore l’angle séparant deux d’entre elles pouvaient être fixés à un niveau de détail qui n’avait jamais été atteint auparavant. Cette finesse sera nécessaire pour un développement de la modélisation 3D.

Pour cette thèse, Ivan Sutherland reçut un Turing Award en 1988 et le Prix de Kyoto en 2012.

 

L’émergence des interfaces en langage naturel

À partir du milieu des années 1960, la recherche commence à envisager de nouveaux types d’interfaces, qui convergent vers ce qu’on pourrait nommer des interactions plus naturelles. Les interfaces en langage naturel regroupent notamment les interfaces tactiles, gestuelles et vocales.

Ainsi,

«Une interface naturelle propose à l’utilisateur de dialoguer avec le système en utilisant les moyens d’expression qui lui permettent habituellement d’exprimer sa pensée, par opposition aux langages informatiques, aux lignes de commande ou aux interfaces graphiques. Elles établissent ainsi un dialogue homme-machine dans lequel l’interface est invisible ou implicite. »
(D’après Le Design des interfaces numériques en 170 mots-clés, Dunod, 2013)

Les premières interfaces tactiles sont développées dans la deuxième partie des années 1960. Au début des années 1980, le multi-touch devient un champ de recherche, notamment sous l’impulsion de Bill Buxton, à l’université de Toronto. Il développe, alors, une tablette dotée d’un écran capacitif.
Il faudra attendre 2007 et la sortie de l’iPhone pour que la technologie devienne un succès commercial à grande échelle. En quelques années, le multi-touch est devenu un standard dans l’industrie. Aujourd’hui, les interactions se font de plus en plus « organiques », c’est-à-dire permettant aux supports, notamment aux écrans, de changer de forme. Samsung a par exemple annoncé l’arrivée imminente d’écrans flexibles.

 

Partie 3 : La naissance de l’interface graphique grand public et de l’informatique personnelle à lire ici.