« Les postes d’UI / UX designer sont nombreux mais appellent surtout à une forte sensibilité UX » — Raphaël Yharrassary
Actu – 18 janvier 2016
RSSInterview de Raphaël Yharrassarry, référent pédagogique du Mastère UX de L’École Multimédia — publiée dans le cadre du Guide des formations à l’UX design, au design d’interface et au design d’interactions
1. De quel constat/besoin le mastère est-il né ?
L’UX a émergé en France à partir de 2007, mais les formations conduisant à ce métier étaient majoritairement des cursus universitaires longs. Du côté professionnel, je constatais que des personnes se disaient « UX designer » sans aucune formation et malgré toute la bonne volonté, ils avaient des lacunes. Les demandes d’information sont devenues de plus en plus régulières, aussi bien pour des formations courtes de sensibilisations que pour des formations plus longues.
De plus, certains métiers comme graphiste, développeur front-office ou chef de projet sont fortement impactés par l’UX et des compétences en UX valorisent leur cursus initial. Quand on regarde les offres d’emploi, les postes d’« UI/UX designer » sont nombreux mais correspondent à un graphiste avec une forte sensibilité UX. Le constat, aujourd’hui, est qu’au-delà de ces cursus pressentis, nous avons aussi dans le mastère des personnes ayant un cursus universitaire, sans doute trop théorique, qui souhaite une formation plus pratique.
2. Comment les étudiants sont-ils préparés à se confronter au marché ? Comment les enseignements ont-ils été sélectionnés ?
Ces deux questions sont les deux bouts d’une même problématique : quelles compétences sont nécessaires à un UX design pour être autonome dans son travail ? La première réponse apportée était issue de mon expérience en tant que freelance. Elle se composait de compétences théoriques notamment sur tout ce qui concerne l’utilisateur et les savoir-faire pratiques pour la conception et l’évaluation des services sur différents supports. La formation en alternance nécessite de mettre en application les connaissances acquises au cours de la formation directement dans la semaine qui suit. Il fallait donc faire une formation progressive permettant d’acquérir rapidement les outils nécessaires pour travailler, puis d’élargir cette base.
Dans un deuxième temps, il a fallu ajuster le choix de ces enseignements et le formaliser. Pour cela, je me suis appuyé sur le modèle des compétences en T.
L’idée est simple : un UX designer doit avoir des compétences transverses (barre horizontale) dans divers domaines (graphisme, développement, marketing) et un ou deux domaines qui seront ses domaines d’expertise (barre verticale). Les compétences sont donc présentées dans un tableau et pour chaque compétence, on peut mesurer un niveau d’expertise. J’avais initialement noté les niveaux en non acquis, en cours d’acquisition et acquis. Mais ce n’est pas très parlant. Par exemple, les étudiants ont des cours sur certains domaines comme le HTML/CSS, les statistiques ou la typographie. Mais en une semaine, ils ne vont pas devenir experts. Ils comprendront les bases, auront retenu quelques points clés, se souviendront de comment procéder et où chercher les informations leur manquant. Donc la notation proposée par le modèle en T me paraît plus adaptée et plus propice à une évolution de novice à expert.
Le niveau de compétences peut se résumer ainsi :
- ce n’est pas mon domaine de compétence : je sais ce que font ces personnes, mais je ne suis pas capable de le faire.
- je sais comment faire : je connais la procédure, j’ai déjà fait partiellement ou aider quelqu’un à faire.
- je sais faire : j’ai déjà fait, je peux estimer le temps que cela va me prendre et anticiper les difficultés.
- je suis en mesure de faire évoluer cette compétence : je sais optimiser les tâches courantes et résoudre les problèmes en proposant une solution innovante.
Le modèle en T permet donc d’avoir des profils suivant les compétences, les personnes et leur histoire. Chaque étudiant peut donc identifier ses points forts et faibles.
Les premières sessions étant maintenant terminées, il est aussi possible de voir ce qui a fonctionné en termes d’enseignements, ce qui manque et/ou ce qu’il faut faire évoluer pour rester avec un temps d’avance sur le marché de l’emploi. Par exemple, Axure était un logiciel très utilisé lorsque l’on a conçu la première version de la formation il y a presque deux ans maintenant. Aujourd’hui, des outils plus agiles comme Sketch et Invision sont plus d’actualité, demain ce sera peut-être un outil comme Comet d’Adobe qui sera pertinent.
