Sébastien Champinot et Guillaume Gendrillon – NCI : Interactions Design
Interviews
A l’occasion de la préparation de l’Annuaire des agences de design numérique, nous avons échangé avec Sébastien Champinot et Guillaume Gendrillon, designers diplômés de l’École Nationale Supérieure de Création Industrielle. Nous leur avons posé quelques questions sur leurs parcours, la définition de leur métier, les besoins des entreprises en termes de design, ainsi que leur vision des enjeux du design d’interaction.
Quels sont vos parcours ? Pourquoi avoir créé une agence de design d’interaction ?
Nous sommes designers industriels de formation, tous deux diplômés de l’École nationale supérieure de création Industrielle (ENSCI). Dans cette école atypique, nous avons compris que le design était une philosophie de conception et qu’il appartenait à chacun définir le périmètre dans lequel il souhaitait l’utiliser. Nous avons créé notre agence, il y a 4 ans, dès la sortie de l’école car la demande en design d’interaction n’existait pas encore (ou très peu) ; et l’offre non-plus du même coup… Pourtant, il était évident pour nous que le besoin était sous-jacent !
Comment définiriez-vous aujourd’hui, en France, le métier du design d’interaction ?
Nous dirions qu’il s’inscrit dans 2 pratiques complémentaires :
- La première concerne les TIC (technologies de l’information et de la communication) et consiste à concevoir des interfaces graphiques à partir de contraintes technologiques prédéterminées. C’est un travail d’expert dans lequel le designer se porte garant d’une syntaxe interactive claire et d’une navigation efficace et séduisante.
- La seconde consiste à prendre en compte la diversité des besoins qui peuvent amener les gens, les objets, les machines… à interagir. Il ne s’agit donc plus d’observer l’interaction elle-même mais plutôt ses sujets, afin de déterminer comment ils vivent et se complètent. Dans cette pratique, l’interaction ne s’entend plus comme une discipline en soi ; elle est plurielle. Le designer d’interaction est alors un consultant qui cherche à fabriquer des connexions à partir de besoins.
Quels sont les besoins pour lesquels vos clients vous sollicitent le plus fréquemment ? Et ceux pour lesquels ils ne vous sollicitent pas assez ?
Nous sommes le plus souvent sollicité en tant qu’experts des langages interactifs et techniciens de la mise en forme. Dans ce contexte, nos clients ont déjà défini une technologie, un dispositif écran, un cahier des charges… et nous demandent de leur proposer une solution formelle, ergonomique et séduisante.
Ces demandes ont souvent pour origine des objectifs de production à court terme. La capacité du designer à optimiser l’usage et à apporter la touche différenciante commence à être de plus en plus largement perçue par les entreprises pour ce type de besoin.
Ce qui l’est moins en revanche, c’est la faculté du designer à définir et à mettre en œuvre des stratégies plus globales. Car, si le savoir-faire du designer d’interaction peut s’appliquer à la production d’une entreprise, il peut également s’intéresser à sa ressource : son système d’information, ses moyens de production et surtout ses équipes… qui doivent en permanence cultiver des synergies pour avancer vers des objectifs communs. Par son champ de vision élargi et sa capacité à représenter, à prototyper et à rendre les idées tangibles, le designer aide à produire du dialogue tout en catalysant les prises de décision.
Chez NCI, nous nous intéressons tout autant aux enjeux qui fondent les stratégies produit de nos clients qu’à la qualité de leur mise en œuvre.
Quels sont pour vous les enjeux pertinents qui se développent autour du design d’interaction ?
Il y a avant tout la maîtrise de ce que nous produisons. Le designer d’interaction peut être incité à concevoir des objets physiques maisce n’est pas un réflexe chez lui. Il est plus naturellement amené à envisager des types de réponses variées aux besoins qu’il rencontre. Nos sociétés com- mencent tout juste à réaliser que la surproduction et la surconsommation d’objets on été un fléau ces 40 dernières années. Le design doit endosser en partie la responsabilité de ces pratiques… et il est impératif que les designers d’interaction se positionnent de manière délibérée face aux problématiques écologiques ; car le design immatériel engendre lui aussi ses mauvaises pra- tiques et ses dérives. La surproduction et la sur-représentation chaotique de l’information en est une non négligeable.
Retrouvez NCI : Interactions Design dans l’annuaire du design numérique



