Imaginaire(s) et numérique, Numérique et imaginaire(s)
Publications – 6 octobre 2014
RSSLa revue Interfaces Numériques lance un appel à contribution, pour un prochain numéro à paraître à paraître en juin 2015 sur le thème : « Imaginaire(s) et numérique, Numérique et imaginaire (s) ». Ce numéro sera codirigé par Thierry Gobert et Patrick Mpondo-Dicka. Ce numéro sera dirigé par Michel Lavigne (Université de Toulouse).
Appel à contributions
La littérature est féconde en travaux sur l’imaginaire. Les Lettres, les sciences humaines, la psychologie, la philosophie et l’esthétique proposent des ancrages théoriques reliés par une longue tradition épistémologique. Distingué de l’image et de l’imagination depuis l’Antiquité, l’imaginaire est fréquemment appréhendé comme un fonds commun, un socle culturel et symbolique distribué à l’échelle de l’humanité. Il participe de l’appropriation et de la perception des mondes visibles et invisibles (C. Lévi-Strauss, G. Dumézil, G. Bachelard, G. Durand, ou encore C. G. Jung, C. Castoriadis). À l’oeuvre tant au niveau individuel que collectif, il se dévoile de façon complexe dans les actes communautaires et sociétaux lorsque sont analysés les modes de vie, les croyances, les récits, les objets et les industries qui les fabriquent (Leroi-Gourhan : 1964, Abelanet : 1986). Il constitue donc un point d’articulation entre la personne et le collectif susceptible de se prêter à l’investigation du chercheur. Compris comme « un dynamisme organisateur des images qui leur confère une profondeur en les reliant entre elles, l’imaginaire n’est donc pas une collection d’images additionnées (…) mais un réseau où le sens est dans la relation » (Thomas, 1998 : 15).
S’agissant des technologies numériques, les influences, sont multiples, complémentaires et parfois contradictoires. Elles se propagent en éveillant des références archétypales qui rencontrent inévitablement le quotidien vécu. Elles subsistent notamment grâce à des « promesses de la technique », conjointes à des « menaces » (Jonas, 1991 : 13) dépeintes par la littérature d’anticipation et les grands paradigmes scientifiques où une « intelligence collective » (Levy, 1994) serait singulière de l’émergence d’un nouvel « esprit coopératif » (Rheingold, 2005 : 73). Un a priori techniciste cohabite avec les méthodes de l’imaginaire, qui peut d’ailleurs être lui-même « technique ». Dans les sociétés occidentales, le « temps des ingénieurs » (Escarpit, 1976, p. 9) a décrit un rationalisme où le vocabulaire de l’électronique désignait les processus relationnels dans le vivant. Les représentations du corps humain ont été concernées, et pas seulement par le design et l’ergonomie. Les écrits de Leibniz (1704) et de Malebranche (1674) semblent toujours porteurs d’influences. Par exemple, le Quantified Self ferait « des états du corps une base de données continuellement enrichie » (Mpondo-Dicka, 2013) et de cette « identité calculée » (George, 2009 : 43) l’instrument d’une image de soi perpétuant un imaginaire technique. La « quantification de la qualité est une des formes rhétoriques du mythe » (Barthes, 1957 : 228), ce « système sémiologique second » qui se construit en discours afin de justifier une idéologie (Barthes, idem : 187).
Certes, la science sous-jacente à la conception des ordinateurs découpe et décompte le réel pour l’étudier. Cette posture, quoique valorisée, la distingue paradoxalement de la technique qui elle, doit rassembler des éléments épars pour concevoir des objets innovants en anticipant les besoins et les désirs des consommateurs. Les utilisateurs paraissent en effet identifier assez clairement le plaisir qu’ils retireraient d’un instrument dont ils ne disposent pas et se projettent dans des activités soit nouvelles, soit anciennes, mais renouvelées par les performances à venir (Gobert, 2013 : 38). Ils recherchent la corrélation entre une technique imaginée et ce qu’il sera effectivement possible d’en faire. Cette effectuation serait d’autant plus significative que cette technologie est informationnelle et donc porteuse d’une part de symbolique plus importante.
L’apparition de l’informatique, puis le développement des technologies numériques sont accompagnés de productions de discours, d’images, de représentations et de visions contradictoires qui parviennent à cohabiter. Le mot ordinateur, par exemple, est d’origine religieuse. Il dérive de l’ordinator, de « Dieu qui met de l’ordre dans le monde » (Perret, 1956, cit. St Augustin). Des autoroutes de l’information à la toile et au cyberespace, les penseurs, les théoriciens, et les acteurs économiques du numérique n’ont eu de cesse de convoquer un vocabulaire porteur de valeurs symboliques pour étayer leur vision de ce qui est aujourd’hui nommé « l’ère du numérique » car « l’action technique, comme toute action humaine, ne peut pas exister sans prendre une forme symbolique » (Flichy, 2002 : 53).
Ces réflexions préliminaires n’ont pour but que de fournir un cadre à la problématique développée dans ce numéro d’Interfaces Numériques, dont l’objet est d’interroger la notion d’imaginaire, dans le contexte des technologies numériques.
Les propositions d’articles pourront porter sur les thématiques suivantes sans qu’elles soient pour autant exclusives :
• Les définitions et les méthodes de l’imaginaire et leur place dans les disciplines lorsque celles-ci interrogent le numérique ;
• L’imaginaire comme préalable à la conception technique ;
• Les interfaces numériques et leurs imaginaires de référence ;
• L’imaginaire éducatif que suscite le développement des technologies numériques ;
• Les imaginaires vidéoludiques, entre héritage, emprunt, voire convocation, et renouvellement ou invention ;
• L’art numérique comme lieu privilégié de l’expression des imaginaires technologiques contemporains ;
• L’imaginaire social d’Internet ;
• L’instrumentalisation et la fabrique de l’imaginaire.
Organisation scientifique
La réponse à cet appel se fait par courriel, sous forme d’une proposition livrée en fichier attaché (nom du fichier du nom de l’auteur) aux formats rtf, doc ou odt, qui est constitué de deux parties :
• Un résumé de la communication de 4 000 signes maximum, espaces non compris ;
Une courte biographie du (des) auteur(s), incluant titres scientifiques, le terrain de recherche, le positionnement scientifique (la discipline dans laquelle le chercheur se situe), la section de rattachement.
Le présent fichier est à retourner, par courrier électronique, pour le 30 octobre 2014, aux deux adresses suivantes : [email protected] et [email protected]..
La réception de chaque proposition donnera lieu à un accusé de réception par mail.
Calendrier
• 30 novembre 2014 : date limite des propositions
• 15 décembre 2014 : retour de la première évaluation
• 15 février 2015 : envoi des articles complets
• 15 mars 2015 : retour des évaluations en double aveugle
• 15 mai 2015 : envoi des articles modifiés
• 30 juin 2015 : sortie prévisionnelle du numéro 11
Modalités de sélection
Un premier comité de rédaction se réunira pour la sélection des résumés et donnera sa réponse le 30 novembre 2014.
L’article complet, écrit en français ou en anglais, devra être mis en page selon la feuille de style qui accompagnera la réponse du comité (maximum 25 000 signes espaces compris). Il devra être envoyé par courrier électronique avant le 30 janvier 2015 en deux versions : l’une entièrement anonyme et l’autre classique.
Un second comité international de rédaction organisera une lecture en double aveugle et enverra ses recommandations aux auteurs au plus tard le 15 mars 2015.
Le texte définitif devra être renvoyé avant le vendredi 15 mai 2015.
Pour toute question, contacter [email protected] et [email protected].
Interfaces numériques est une revue scientifique publiée chez Hermès-Lavoisier sous la direction de Benoît Drouillat et Nicole Pignier.
