Retour sur la soirée *di*/zaïn 13 « Makers »

Actu12 mars 2014

RSS

         

Hier soir, nous avons exploré ensemble l’univers des « Makers ». Ce mouvement rassemble des personnes aux fonctions variées mais dont la synergie permet de réaliser des objets à la fois techniques, technologiques et créatifs. Ces hommes et ces femmes hackent, ils créent eux-mêmes, savent tirer de la matière brute un produit plus fini. Hackers, designers ou ingénieurs, ils sont venus nous parler de leurs différents projets, retour sur cette soirée.

« Imaginer des objets appropriables et détournables »

C’est sur ces mots d’Axel Morales, notre premier invité qu’a débuté cette 13e soirée de *di*/zaïn. Ce dernier a développé un usage intensif des matériels propres aux mouvements du « Do It Yourself » qu’il a découvert lors de son stage de fin d’études. Il a par exemple détourné une imprimante afin de sérigraphier de façon à la fois mécanique et manuel des éléments graphiques. C’est la question du détournement comme finalité qui est posée ici par notre intervenant. Il pose cette question en ces termes : « faut-il être obligatoirement devenir un expert ou un ingénieur pour fabriquer, refaire les choses ? » C’est cette finalité dont nous a aussi fait part notre invité suivant, Pierre-Rudolf Gerlach, ingénieur de formation et ayant participé au développement du célèbre lapin Nabaztag. Il ajoute, par ailleurs, que la différence entre un bricoleur et un maker serait dans le design et que celui-ci est simplifié par l’utilisation et la maîtrise des outils technologiques à plus forte valeur ajoutée. Il a également travaillé sur le projet Evian Smart Drop. Ce projet a été développé par deux agences BETC design et Joshfire. L’anecdote veut que la difficulté a été dans la réalisation du prototypage, qui devait durer au moins deux heures, le temps de la conférence de presse. Il a duré 2h15.

De l’idée au prototypage

Loïc Le Guen, designer diplômé de l’ENSCI est ensuite venu nous montrer certains de ces projets. Il a notamment fait l’expérience de marier l’électronique et le bois et a réussi à imprimer des circuits sur ce dernier. Il a également développé un grille-pain connecté à un réseau, qui permet de faire écrire des mots ou des lettres sur notre pain en train de griller. Ce projet, il a fallu le penser mais aussi et surtout le prototyper, et l’avantage, selon ce dernier, du prototypage est qu’il fédère « beaucoup de monde autour de la table », car il permet une visualisation nette et claire de l’objet dans sa forme finale. C’est la fascination des enfants pour les boutiques interactives d’antan et son envie de hacker qui ont été à l’origine de son second projet présenté hier soir. En effet, par un procédé simple de hacking du système de contrôle d’un train à l’intérieur d’une vitrine, il est possible pour un quidam passant dans la rue de prendre les commandes et de diriger à l’envi le train via son smartphone.

« Être un maker, c’est ne plus être passif et prendre les choses en main en quittant le monde virtuel. »

Geoffrey a tenté de redéfinir ce qu’est un maker, où plutôt ce que sont les makers, car selon lui, c’est avant tout une communauté, un réseau, ce sont des gens qui réfléchissent ensemble autrement. Ces makers ont également permis un changement de paradigme avant, non plus comme avant, la formulation de la question du « comment faire », pour passer à une logique de « quoi faire » et surtout « pourquoi ? ». Ces deux questions peuvent aussi expliquer pourquoi le mouvement fait se rejoindre à la fois des ingénieurs (quoi faire) et des designers (pourquoi). Il cite différents exemples de projets « Makers » invitant à penser de façon différente par rapport à d’habitude. Il s’agit ainsi de Leon Mc Carthy qui a fabriqué une main à son fils dont la main gauche a été atrophiée dans un accident. Il a réussi à créer cette main à partir d’une imprimante 3D.

Retrouvez les slides de Geoffrey :

De l’utopie à la conception : l’utopie concrète

Notre invité suivant est Martial Marquet, qui a travaillé sur des projets variés tels que les mobiliers paramétriques, dans une logique adaptative de toutes les différences de taille et de position idéale (comme celle que l’on doit de prendre pour regarder une toile accrochée plus en hauteur dans un musée). Il a également travaillé sur des projets, qu’il qualifie lui-même comme étant « utopiques mais concrets ». Il parle d’utopie dont on peut tout de même comprendre les concepts propres au projet et en matérialiser les prototypes. Il nous a par exemple parlé d’un projet de construction d’habitat urbain sur les voies ferrées à la Gare du Nord à Paris. L’idée est de créer un train – machine où les espaces sont prévus de façon collaborative entre les différents habitants.

Des projets éphémères ou voués à la destruction

Marina a ensuite reçu Raphaël Pluvinage, dans sa rubrique rebond(s). Nous avons déjà reçu Raphaël lors d’un précédent dizain, et il est venu hier soir nous présenter l’avancée de son travail et notamment un projet d’interface musicale créée à base de gelée dont la caractéristique est qu’elle a vocation à être détruite dans son utilisation. Enfin, Grégoire Saurel, architecte et fondateur de Bellastock, association fondée en 2006 est venu nous faire part des nombreux projets réalisés dans le cadre de cette dernière. Ainsi, L’association a travaillé sur la construction en un jour de villes dans des friches d’Île-de-France ou encore sur des aménagements plus pérennes imaginés et réalisés par une bande de 150 dans les quartiers de Vitrolles. C’est ici la question du réemploi de la matière qui est posée, et nous invite à réfléchir sur le sens de la destruction, de l’éphémère via une réflexion sur l’utilité polymorphe des matériaux.

Retrouvez les photos de Rémy Deluze et du public sur SharyPic

Pour revivre la soirée comme si vous y étiez, vous pouvez retrouvez le storify ainsi que la carte bluenod ci-dessous.

La prochaine soirée *di*/zaïn aura lieu au Grand Palais le samedi 12 avril autour de la création vidéo, sur le thème « Vue(s) ». Cet événement « hors les murs » fait résonance avec l’exposition Bill Viola à découvrir au Grand Palais jusqu’au 21 juillet.

Pour présenter votre projet, contactez Benoît [email protected] ou Marina [email protected].