Retour sur la soirée *di*/zaïn 10

Actu11 décembre 2013

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Hier soir, nous nous sommes questionnés avec nos intervenants sur l’importance de nos identités numériques et des problématiques liées à celles-ci : création, gestion, protection ainsi que la possibilité de camouflage. Nos 5 intervenants ont présenté des projets et des réflexions liés aux enjeux technologiques, sociaux et artistiques. Des avatars Twitter à l’identité numérique des défunts, nous avons dépeint une certaine typologie des usages et des façons dont une identité pouvait être mise en scène à différents moments.

La création d’une identité numérique

Notre consommation toujours plus importante d’Internet et du numérique de façon générale laisse des traces et si chacun tend en avoir conscience, il est difficile parfois d’en réaliser l’étendue et les dangers que celles-ci peuvent représenter. De notre e-réputation peut en effet découler de nombreuses conséquences parfois négatives, comme lorsqu’un poste peut nous être refusé si l’employeur tombe sur des photos ou des éléments qui ne le satisfont pas. Ainsi, la question de notre identité et la protection de celle-ci après notre mort a été évoquée par Julien Levesque, artiste et chercheur, qui nous a présenté son projet « avatar memory », le cimetière des identités numériques abandonnées. Il a aussi réalisé un projet renommé « Face à face », reprenant une série de portraits extraits de Google Stret View, qu’il a volontairement floutés. Ces derniers sont en effet présents sur l’application de la firme de Moutain View sans accord préalable de leur part. Martyna Pawlak, photographe, ensuite s’est également intéressée à l’art du portrait en questionnant l’identité derrière laquelle se cachent de nombreux utilisateurs du réseau de micro-blogging Twitter. Ces sujets révèlent ainsi d’une topographie particulière puisqu’ils doivent affirmer dans une seule photo (leur avatar sur le réseau) à la fois leur singularité mais également leur présence au sein de notre société.

« Les données, pétrole de l’économie numérique ? »

La question que nous a posée Geoffrey Delcroix, chargé d’études à la CNIL, suscite de vives réactions. Pour filer la métaphore, il est le premier à nous avertir des risques de marée noire et de protection de l’environnement afin de se prémunir des dangers imminents liés à la possibilité d’avoir accès à un flux de données incessant. Tsunami, déluges, les mots utilisés interpellent au moins autant que l’absence de l’individu et la façon dont ce dernier peut être totalement externe à ses données. Le défi ici est bien d’avoir conscience de leur présence bien qu’elles soient impalpables. En faisant l’expérience de visiter 13 sites à grande écoute, on en visite finalement 160, via l’envoi d’informations sur des serveurs distants. Enfin, en une année, on considère qu’il faudrait passer 73 jours de travail seulement pour lire les conditions générales d’utilisation.

« On the Internet, nobody knows you’re a dog. »

Geoffrey Dorme, ensuite, est venu prendre le contre-pied de cette identité numérique en valorisant les interfaces, souvent mobiles, qui prennent désormais en compte le corps humain comme vecteur d’identification. A ce sujet, il est intéressant de savoir si notre corps est le dernier rempart de l’identité numérique. Le touch ID du dernier iPhone ou encore le « knock to unlock » prennent ainsi en compte les caractéristiques corporelles de chacun. Dans cette même idée, on note la disparition progressive du besoin de se « logger ». Certains sites tendent aujourd’hui à faire disparaître cette étape obligatoire. Gonzague Gauthier, chargé de projets numériques au Centre Pompidou a rebondi sur cette idée d’anonymat de « trolls » présents sur Internet. En prenant l’exemple du musée, il a travaillé, avec le centre sur la pratique du faire et la pratique performative qui forment nos identités. Selfies, discours, mots, like, c’est tout un agrégat de contenus que nous laissons à la vue de tous.

Cacher son identité numérique et affirmer son identité physique, est-ce possible ?

Une telle omni-présence médiatique et numérique est difficile à maîtriser, et c’est pour cette raison que Camille Angibaud, diplômée de l’ENSCI s’est penchée sur la notion d’invisibilité. Elle s’est pour cela inspirée des super-héros dont certains pouvoirs peuvent leur permettre d’être invisible et de cacher leur identité. Une plus grande transparence est ainsi possible en utilisant des techniques simples reposant sur les particularités propres du vêtement rayé et du moirage. L’identité physique est mise en avant alors que l’identité numérique est camouflée. Elle veut pour cela porter un regard critique sur la société actuelle liberticide que nous impose une omniprésence de caméras sous des prétextes sécuritaires. Elle propose ainsi un vêtement à enfiler comme un outil empêchant la captation par ces dites caméras dont les résultats sont bluffant.

Retrouvez les photos de Rémy Déluze et du public sur SharyPic

Et aussi le storify et la carte bluenod de la soirée.

Prochaine soirée *di*/zaïn le 21 janvier, sur le thème Technologies créatives.
Vous pouvez trouver l’appel à projets ici.