La montée en puissance du design au sein de Microsoft
Invités à Seattle pour assister à l’édition 2017 de Microsoft Build, une conférence « de développeurs par les développeurs », nous avons enchaîné pendant une semaine les démo, présentations, keynotes et sessions. Microsoft France a été en 2007 la première entreprise membre de *designers interactifs* et ce partenariat de 10 années montre que les efforts de l’entreprise dans le design trouvent un ancrage beaucoup plus ancien que les annonces qui ont pu être réalisées au cours de cette Build. Car si Microsoft a débuté en 1975 son activité comme éditeur de logiciels, notamment de systèmes d’exploitation, elle est aujourd’hui parvenue à intégrer de mieux en mieux une culture design et à la mettre au cœur de son développement. En témoignent non seulement les thématiques de cette année (Intelligence artificielle, réalité mixte, design inclusif, Fluent Design…) mais aussi sa capacité à mettre en scène les usages dans des scénarios évolués et crédibles.
A grand pouvoir, grande responsabilité
Toujours hégémonique dans le domaine des systèmes d’exploitation, Microsoft a annoncé par la voix de Satya Nadella, son CEO, être parvenue à atteindre 1 milliard de terminaux dotés de Windows 10. Ce succès majeur s’accompagne toutefois d’une volonté croissante d’ouverture à d’autres systèmes (disponibilité d’iTunes sur Windows Store, entre autres). Comme tout projet hégémonique, cette réussite interroge et il semble que Microsoft soit attentif à préciser les contours de son système de valeurs, ce qui est une démarche à la fois indispensable et réfléchie.
Ce qui nous a frappés à l’ouverture de la keynote du 1er jour, c’est le discours introductif de Satya sur la responsabilité, corollaire des avancées spectaculaires réalisées en termes d’intelligence artificielle. A grand pouvoir, grande responsabilité. Satya a mis en garde, en référençant son propos avec 1984 de Georges Orwell contre l’accomplissement d’une vision dystopique des technologies. Le progrès technologique, c’est aussi l’empowerment des utilisateurs, ce que Satya présente d’une façon enthousiaste mais sans oublier non plus d’en dresser une (rapide) critique.
Plusieurs illustrations tangibles de ces avancées positives ont été présentées, comme un plugin de traduction instantanée, dédié à PowerPoint ou encore une application d’intelligence artificielle qui permet d’améliorer la sécurité sur le lieu de travail. Au-delà des nombreuses annonces techniques (skills pour Cortana, disponibilité de Visual Studio sur Mac, mise à jour d’Azure avec des usages mobiles, fonction de copier-coller dans le cloud), Microsoft s’est efforcé de proposer un storytelling qui fait fortement écho aux fondamentaux de la démarche de design.
Poser les premières briques d’un système de design porteur de sens
Jusqu’à présent, les visions d’Apple et de Google dominaient fortement les conventions de design en termes d’interfaces. Avec la présentation de Fluent Design, Microsoft énonce des principes avec lesquels il faudra nécessairement composer lors de la conception d’interfaces, y compris dans le domaine de la réalité mixte. Fluent Design est présenté comme « un système de design expressif, adapté à un monde complexe », au service de nouvelles expériences sensorielles.
Ce cadre se déploie en 5 dimensions : light, depth, motion, material et scale (lumière, profondeur, mouvement, matérialité et échelle). Ces qualités essentielles articulent clairement la profession de foi de Microsoft en matière de design, ce qui est, nous semble-t-il, un tournant important du positionnement de l’entreprise.
Loin d’être cosmétique, le système proposé par Microsoft est porteur de sens non seulement dans son environnement applicatif mais aussi si on porte un regard fonctionnel sur lui. Il faut l’envisager comme une boîte à outil en support des interactions et de l’identité graphique de l’interface. Plusieurs toolkits ont déjà été mis à disposition. A ce stade, il est difficile de pronostiquer si Fluent Design étendra son influence comme l’a fait Material Design de Google, mais on peut constater l’avancée significative réalisée par la firme de Redmond.
La réalité mixte, cheval de bataille stratégique
La réalité mixte a été également l’un des fils directeurs des présentations auxquelles nous avons pu assister lors de Microsoft Build. Par réalité mixte on entend « des dispositifs et des environnements qui articulent des éléments matériels et numériques dans une même perception de réalité. Il s’agit de créer un continuum entre monde physique et monde numérique permettant une interaction en temps réel entre les deux ». Dans ce domaine, Microsoft s’appuie notamment sur le casque HoloLens, présenté en 2015. Lors de la journée précédant les conférences, nous avons pu tester longuement sur le Campus de Microsoft à Redmond les différents scénarios d’usage et les avancées sont plus qu’impressionnantes. Les interfaces holographiques disposent d’un très fort potentiel qui se réalisera à moyen terme, lorsque les freins (coûts, contenus) seront réduits. Les applications de la réalité mixte sont très vastes, de la conception assistée par ordinateur pour les designers et les architectes aux usages les plus quotidiens. Microsoft a dévoilé des motion controllers, qui permettent de tracker les mouvements et donc de faciliter l’interaction physique dans un univers numérique. Cette annonce va dans le sens d’une démocratisation de la réalité mixte, même si aujourd’hui le taux d’adoption demeure très faible. Nous pensons qu’il faut que les designers se préparent dès maintenant à ce changement majeur de paradigme, car les interfaces sont complexes à appréhender en conception.
